DEIR EL MEDINEH, le village des Artisans

 

Situation

 

Deir el-Medineh. Emplacement : Latitude 25 º 44 ' N, longitude 32 º 36 ' E.

Le site de Deir el-Médina, à Thèbes, du côté Ouest du Nil, se niche dans un vallon compris entre le versant Ouest de la montagne thébaine et la petite colline de Gournet-Mourraï, non loin de la Vallée des Reines - située plus au Sud, à un kilomètre de distance environ et de la Vallée des Rois, sur l’autre versant de la montagne.

Le village occupait 5600 m² et était entouré d'un mur d'enceinte. Il comprenait 68 maisons qui abritaient de 40 à 120 foyers. Les maison occupaient de 72 à 120 m².

La topographie de ce village se trouvant au Sud de Scheik Abd el-Qurna, a variée, depuis sa fondation jusqu'à l'époque ramesside. Si la plus ancienne enceinte relevée remonte à Thoutmosis Ier, de nombreuses phases d'aménagement, ont pût être discernées, pour atteindre au début de la XIXe dynastie une superficie définitive.

Le village de Deir el-Médina fut réellement créé sous Aménophis 1er et fondé au début de la XVIIIe dynastie, à l’époque de Thoutmosis Ier. Il fut désigné sous le nom de Set Maât her imenty Ouaset, expression que l’on peut traduire par " le siège de la Vérité " ou " la place de vérité " voir " le siège de l’Ordre ". Le toponyme arabe Deir el Medineh signifie " le monastère de la ville " en arabe, (le nom est dû à la présence sur le site d’un temple ptolémaïque dédié à Hathor et transformé en monastère à l’époque copte par les premiers moines chrétiens). L’étude du village de 130 mètres sur 50 est une des rares structures urbaines antiques connues à ce jour en Égypte - et des tombes de la nécropole, ainsi que les analyses épigraphiques conduites sur les pièces mises au jour par les fouilles, notamment de nombreux ostraca (tessons de poterie ou d’éclats de calcaire portant textes ou esquisses), ont permis de reconstituer dans le détail non seulement la vie de cette communauté, mais aussi l’organisation sociale et professionnelle des ouvriers de Pharaon.

 

Population

 

Les habitants, appelés "les serviteurs dans la place de vérité", formaient un corps particulier d'ouvriers spécialisés {carriers, graveurs, sculpteurs, peintres}, chargés de creuser, d'aménager et de décorer les tombes de ces demeures d’éternité dignes des dieux de la vallée des rois. Ils sont entre autres à l'origine des tombes des Aménophis, des Thoutmôsis, des Ramsès et du plus médiatique des pharaons, le jeune Toutânkhamon. On leur doit également le temple monumental d'Hatchepsout sur le site de Deir el-Bahari. Logés, nourris, blanchis et approvisionnés par les soins de pharaons, ils dépendaient directement du vizir. Leur travail était payé en nature, principalement en blé, à la fin de chaque mois. On leur fournissait aussi d'autres denrées: poissons, légumes et parfois vin, viande, sel, etc.

Le nombre d'ouvriers {avec femmes et enfants} occupant le village a varié, certaines maisons demeurant inoccupées un certain temps ou pouvant être occupées par deux ouvriers. Sous Ramsès IV, on a compté jusqu'à 129 ouvriers, mais la moyenne se situe entre 30 et 40. Ce corps privilégié avait son propre tribunal, sa nécropole {à l'Ouest}, et son temple {au Nord}. Au-delà de l'extrémité septentrionale du village, les Ptolémées ont construit un petit temple pour la déesse de la nécropole Hathor et pour Maât.

La zone habitée, qui couvrait une superficie d’environ deux hectares et renfermait à l’époque ramesside une population d’environ quatre cents personnes (environ 80 familles d’ouvriers et d’artisans), était entourée d’une muraille en brique crue et se répartissait en soixante-dix habitations intra muros, plus une cinquantaine de maisons situées hors les murs - Les édifices étaient construits en brique crue et couverts d’un toit de feuilles et de bois de palmier. Ils comprenaient trois ou quatre petites pièces contiguës, une terrasse à laquelle on accédait par un escalier intérieur et parfois une cave creusée dans le sous-sol. Avant d’être blanchis et peints, les murs intérieurs étaient recouverts d’une couche d’enduit à base de craie, de limon et de paille hachée menu. Un espace était réservé à une petite chapelle avec une stèle destinée au culte domestique des ancêtres et à l’adoration de la déesse Meretséger, " celle qui aime le silence " , personnification de la Cime thébaine et protectrice du village. Les seuils étaient en pierre ; ils conservent encore les marques des gonds des portes d’entrée construites, en bois. Les Égyptiens possédaient peu de meubles pour ranger leurs vêtements, les objets de toilette et les parures (les Égyptiens consacraient beaucoup de temps à leur toilette). Ils disposaient de paniers d’osier qui servaient à ranger les objets domestiques et des coffres aux formes variées. tandis que les denrées alimentaires et les liquides étaient conservés dans des récipients en poterie. 

L’abondance relative de petits pots pour cosmétiques et onguents et de miroirs en bronze souligne l’importance attribuée aux soins du corps. Sièges, tabourets, bancs et coffres constituaient tout le mobilier. La découverte de nourriture et de résidus de vivres a permis en outre d’établir que le régime des habitants était fondé sur le blé et le poisson, distribués sous forme de rations à chaque ouvrier à titre de rétribution pour le travail fourni. Des fruits, des légumes secs, du miel et parfois de la viande, généralement de la volaille, considérée comme un aliment de luxe complétaient la nourriture quotidienne. La bière, obtenue par fermentation du blé, était la boisson traditionnelle. Pour dormir, en guise d'oreillers, ils avaient des chevets qui, en rehaussant leur tête, les protégeaient des bêtes nuisibles. Ils se servaient d'une vaisselle en terre cuite décorée de formes géométriques ; des vases fermés contenaient des onguents, des poteries dites " cananéennes" importés de Chypre lesquelles renfermaient des huiles, des résines ou des parfums; de grandes amphores servaient à conserver du vin, de la bière et aussi des salaisons; des instruments de musique ont été retrouvés dans les tombes, comme des lyres et des sistres.

À côté du paysan, l'artisan ou l'ouvrier spécialisé représente un rouage important de la vie matérielle égyptienne. Maître de son art, il façonne et transforme la matière, au gré des besoins de ceux qui contrôlent la richesse. Il avait été recrutés pour creuser et décorer les tombes royales. Pour la plupart de ces artisans, c'étaient de simples carriers, mais il y avait aussi des sculpteurs, des dessinateurs, des peintres, des scribes, des chefs d'équipe. Très vite leur fonction devint héréditaire. Des documents nous montrent la gestion des chantiers, les premières grèves, les conflits, les absences et les motifs de celles-ci.

Des équipes de scribes, de peintres, de porteurs et d’ouvriers se relayaient tous les dix jours pour travailler dans les tombes et se reposaient pendant une journée, entre les périodes de travail. Le paiement était effectué en nature. Ils n’étaient pas des esclaves, mais n’avaient pas tellement le choix d’une carrière non plus. Cette communauté ouvrière vivait à l’écart, sans entretenir aucun rapport avec l’extérieur pour des motifs évidents de discrétion et de secret dictés par le travail délicat de préparation des tombes royales. Elle dépendait directement du vizir, en quelque sorte le Premier ministre de l’époque. En outre, le travail était contrôlé par un corps spécial de gardes appelés Medjaïou, qui résidait à l’extérieur de la zone habitée et surveillaient la nécropole. Le village restait donc fermé et surveillé en permanence pour s’assurer qu’aucune information ne filtrait sur les trésors que recélaient les tombeaux. Ces mesures étaient pratiquement sans effet, et les habitants du village voisin de Gournah le savaient très bien. Les ouvriers du village étaient connus sous le nom de servants du lieu de vérité (la nécropole).

Quand il arriva en l'an 29 du règne de Ramsès III, que leur ravitaillement fût en retard, les ouvriers, mécontents, causèrent des troubles, entamant une grève qui dura plusieurs jours {extraits du papyrus de grève}. Franchissant les murs de la nécropole, ils allèrent jusqu'à pénétrer dans l'enceinte du Ramesseum, dont ils affolèrent le personnel jusqu'à l'aboutissement de leurs revendications. Leurs statuts particuliers et l'importance du travail qu'ils devaient accomplir, expliquent la rapidité avec laquelle on répondit à leurs revendications.

Pour en connaître davantage, nous allons pénétrer plus à fond l'univers de l'un de ces groupes d'artisans et d'ouvriers qui ont, pendant près de cinq siècles, oeuvré à la préparation des tombes pharaoniques: ceux du village de Deir el' Médineh.

La vie quotidienne de la communauté d'artisans a pu être reconstituée dans ses détails, d'après les nombreux croquis et documents sur éclats de calcaire {ostraca}, découverts dans le village et dans un énorme puits situé non loin de son extrémité Nord. Mais aussi par des papyrus et autres vestiges. {Quelques textes trouvés: une de réclamation, un de compte de salaire, une quittance pour le salaire d'un travail.}

Les ouvriers portaient le titre de " serviteurs dans la Place de Vérité " et formaient une corporation privilégiée. Ils se rendaient au travail dans la Vallée des Rois ou dans la Vallée des Reines en empruntant, au départ du village, deux sentiers que l’on peut encore parcourir aujourd’hui ; parfois, si la tâche était urgente, ils ne rentraient pas chez eux et demeuraient toute la semaine dans deux petits villages satellites situés l’un sur la crête entre Deir el-Médina et la Vallée des Rois (le village dit " du col ") et l’autre dans la Vallée des Reines. Le village ouvrier de Deir el-Médina fut habité jusqu’à la fin de la XXe dynastie, avant d’être abandonné définitivement. Enfoui dans le sable du désert et les débris de la montagne, il n’a été retrouvé que récemment.

Le Village

 

C’est à partir du village de Deir el Medina présentement en ruine que les artisans du Nouvel Empire (de la 18e à la 20e dynastie) ont taillé et décoré les tombeaux des Vallées des rois et des Reines. Certaines de ses maisons ont appartenu aux hommes ayant participé à la taille et à la décoration des tombeaux de Rameses II (KV 7) et de ses fils (KV 5). À son apogée, le village couvrait une superficie de 5600 m² et comptait une centaine d'habitants.

Ceint par une muraille haute de cinq mètres environ, percée d'une porte gardée nuit et jour, le village est composé de maisons mitoyennes donnant sur une rue principale orientée Nord/Sud et de plusieurs autres transversales..

Les 70 maisons, faites en briques crues étaient construites sur des fondations en pierre. Chaque maison comprend trois ou quatre pièces conçues sur un même plan, comprenant une entrée ; une pièce de vie au plafond surélevé et percé de petites fenêtres laissant passer le jour, équipées d'une sorte de capte-vent destiné à apporter un peu de fraîcheur à l'intérieur ; une ou deux pièces donnant sur une cour équipée d'un four et servant de cuisine. Ces cours étaient protégées du soleil par des canisses de roseau. Enfin, les maisons étaient complétées par une cave, destinée à maintenir au frais les denrées alimentaires. Un escalier menait jusqu'à une terrasse de toit. Certaines des maisons avaient des peintures simples sur les murs et un Silo rectangulaire derrière la cuisine située à l'arrière de la maison. Les embrasures des maisons ont été peintes en rouges où étaient inscrits les noms des habitants. Nombreuses stèles, des milliers d'ostraca (débris de matériaux sur lesquels on a écrit ou dessiné) et 200 papyri hiératique ont été trouvés à Deir el Medineh, permettant de renseigner d’une façon détaillée ce que fut la vie quotidienne des Egyptiens de cette époque. Ceux-ci apparaissent ainsi comme un personnel très qualifié de petits fonctionnaires, bien logés, nourris, soignés, bénéficiant d'un statut enviable. Ces grands travaux n'ont donc pas été réalisés, contrairement à une légende tenace, par une population d'esclaves.

Pendant leurs temps libres, les artisans de Deir el-Médina s'occupaient à bâtir leurs propres sépultures, souvent à quelques dizaines de mètres de leur domicile, à tailler les pierres, à assembler les meubles dont ils auront besoin à leur survie dans l'au-delà. Ils profitaient de leur savoir et des motifs utilisés par les architectes royaux pour se fabriquer leurs propres tombes, qui bien que beaucoup plus petites, ressemblent fortement aux tombeaux des pharaons de Vallée des Rois. Les enfants étaient ensevelis au bas de la colline, les adolescents au milieu et les adultes dans la partie supérieure. Ces tombes ont été retrouvées intactes avec leurs meubles. Un détail : ces meubles présentaient des traces d'usure, ce qui signifierait qu'ils faisaient partie de leur vie quotidienne avant d'être placés dans les tombeaux au moment du décès. Parmi les tombeaux de famille retrouvés, 53 d'entre eux présentant des peintures aux couleurs chatoyantes étaient dans un état de conservation tout à fait remarquable. Certains tombeaux se composaient d'un caveau et d'une chapelle surmontée d'une pyramide coiffée d'un pyramidion (comme celui de l'obélisque de la place de la Concorde, à Paris, mais en calcaire ou en grès).

Sur la pente au nord du village se trouvent des chapelles consacrées aux cultes locaux de la communauté; la plus grande d’entre elles était un temple dédié à la déesse Hathor, construit sur l’emplacement d’une petite chapelle construite par Thoutmosis 1er. Après sa destruction et sur le même site, Rameses II y a construit un temple, qui fut abandonné à la fin de la 20ème Dynastie. Pendant la période Ptolémaïque, le temple de Rameses II a été détruit et un nouveau temple en grès a été construit par Ptolémée IV Philopator. Le temple est consacré à Hathor de l'Ouest, Ma'at, la rectitude, règle primordiale de la confrérie; Mereretséger la déesse protectrice de Deir el Medina, Ptah, patron des scribes et des dessinateurs; Thot le dieu de l’intelligence et de l’écriture, Khnoum, patron des potiers et des sculpteurs. Imhotep et Amenhetep, fils d'Hapu.