DEIR EL MEDINEH, le village des Artisans
Situation
Deir el-Medineh. Emplacement : Latitude 25 º 44 ' N, longitude 32 º 36 ' E.
Le site de Deir el-Médina, à Thèbes, du côté Ouest du Nil, se niche dans un vallon compris entre le versant Ouest de la montagne thébaine et la petite colline de Gournet-Mourraï, non loin de la Vallée des Reines - située plus au Sud, à un kilomètre de distance environ et de la Vallée des Rois, sur l’autre versant de la montagne.
Le village occupait 5600 m² et était entouré d'un mur d'enceinte. Il comprenait 68 maisons qui abritaient de 40 à 120 foyers. Les maison occupaient de 72 à 120 m².
La topographie de ce village se trouvant au Sud de Scheik Abd el-Qurna, a variée, depuis sa fondation jusqu'à l'époque ramesside. Si la plus ancienne enceinte relevée remonte à Thoutmosis Ier, de nombreuses phases d'aménagement, ont pût être discernées, pour atteindre au début de la XIXe dynastie une superficie définitive.
Le village de Deir el-Médina fut réellement créé sous Aménophis 1er et fondé au début de la XVIIIe dynastie, à l’époque de Thoutmosis Ier. Il fut désigné sous le nom de Set Maât her imenty Ouaset, expression que l’on peut traduire par " le siège de la Vérité " ou " la place de vérité " voir " le siège de l’Ordre ". Le toponyme arabe Deir el Medineh signifie " le monastère de la ville " en arabe, (le nom est dû à la présence sur le site d’un temple ptolémaïque dédié à Hathor et transformé en monastère à l’époque copte par les premiers moines chrétiens). L’étude du village de 130 mètres sur 50 est une des rares structures urbaines antiques connues à ce jour en Égypte - et des tombes de la nécropole, ainsi que les analyses épigraphiques conduites sur les pièces mises au jour par les fouilles, notamment de nombreux ostraca (tessons de poterie ou d’éclats de calcaire portant textes ou esquisses), ont permis de reconstituer dans le détail non seulement la vie de cette communauté, mais aussi l’organisation sociale et professionnelle des ouvriers de Pharaon.
Population
Les habitants, appelés "les serviteurs dans la place de vérité", formaient un corps particulier d'ouvriers spécialisés {carriers, graveurs, sculpteurs, peintres}, chargés de creuser, d'aménager et de décorer les tombes de ces demeures d’éternité dignes des dieux de la vallée des rois. Ils sont entre autres à l'origine des tombes des Aménophis, des Thoutmôsis, des Ramsès et du plus médiatique des pharaons, le jeune Toutânkhamon. On leur doit également le temple monumental d'Hatchepsout sur le site de Deir el-Bahari. Logés, nourris, blanchis et approvisionnés par les soins de pharaons, ils dépendaient directement du vizir. Leur travail était payé en nature, principalement en blé, à la fin de chaque mois. On leur fournissait aussi d'autres denrées: poissons, légumes et parfois vin, viande, sel, etc.
Le nombre d'ouvriers {avec femmes et enfants} occupant le village a varié, certaines maisons demeurant inoccupées un certain temps ou pouvant être occupées par deux ouvriers. Sous Ramsès IV, on a compté jusqu'à 129 ouvriers, mais la moyenne se situe entre 30 et 40. Ce corps privilégié avait son propre tribunal, sa nécropole {à l'Ouest}, et son temple {au Nord}. Au-delà de l'extrémité septentrionale du village, les Ptolémées ont construit un petit temple pour la déesse de la nécropole Hathor et pour Maât.
La zone habitée, qui couvrait une superficie d’environ deux hectares et renfermait à l’époque ramesside une population d’environ quatre cents personnes (environ 80 familles d’ouvriers et d’artisans), était entourée d’une muraille en brique crue et se répartissait en soixante-dix habitations intra muros, plus une cinquantaine de maisons situées hors les murs - Les édifices étaient construits en brique crue et couverts d’un toit de feuilles et de bois de palmier. Ils comprenaient trois ou quatre petites pièces contiguës, une terrasse à laquelle on accédait par un escalier intérieur et parfois une cave creusée dans le sous-sol. Avant d’être blanchis et peints, les murs intérieurs étaient recouverts d’une couche d’enduit à base de craie, de limon et de paille hachée menu. Un espace était réservé à une petite chapelle avec une stèle destinée au culte domestique des ancêtres et à l’adoration de la déesse Meretséger, " celle qui aime le silence " , personnification de la Cime thébaine et protectrice du village. Les seuils étaient en pierre ; ils conservent encore les marques des gonds des portes d’entrée construites, en bois. Les Égyptiens possédaient peu de meubles pour ranger leurs vêtements, les objets de toilette et les parures (les Égyptiens consacraient beaucoup de temps à leur toilette). Ils disposaient de paniers d’osier qui servaient à ranger les objets domestiques et des coffres aux formes variées. tandis que les denrées alimentaires et les liquides étaient conservés dans des récipients en poterie.
L’abondance relative de petits pots pour cosmétiques et onguents et de miroirs en bronze souligne l’importance attribuée aux soins du corps. Sièges, tabourets, bancs et coffres constituaient tout le mobilier. La découverte de nourriture et de résidus de vivres a permis en outre d’établir que le régime des habitants était fondé sur le blé et le poisson, distribués sous forme de rations à chaque ouvrier à titre de rétribution pour le travail fourni. Des fruits, des légumes secs, du miel et parfois de la viande, généralement de la volaille, considérée comme un aliment de luxe complétaient la nourriture quotidienne. La bière, obtenue par fermentation du blé, était la boisson traditionnelle. Pour dormir, en guise d'oreillers, ils avaient des chevets qui, en rehaussant leur tête, les protégeaient des bêtes nuisibles. Ils se servaient d'une vaisselle en terre cuite décorée de formes géométriques ; des vases fermés contenaient des onguents, des poteries dites " cananéennes" importés de Chypre lesquelles renfermaient des huiles, des résines ou des parfums; de grandes amphores servaient à conserver du vin, de la bière et aussi des salaisons; des instruments de musique ont été retrouvés dans les tombes, comme des lyres et des sistres.
À côté du paysan, l'artisan ou l'ouvrier spécialisé représente un rouage important de la vie matérielle égyptienne. Maître de son art, il façonne et transforme la matière, au gré des besoins de ceux qui contrôlent la richesse. Il avait été recrutés pour creuser et décorer les tombes royales. Pour la plupart de ces artisans, c'étaient de simples carriers, mais il y avait aussi des sculpteurs, des dessinateurs, des peintres, des scribes, des chefs d'équipe. Très vite leur fonction devint héréditaire. Des documents nous montrent la gestion des chantiers, les premières grèves, les conflits, les absences et les motifs de celles-ci.
Des équipes de scribes, de peintres, de porteurs et d’ouvriers se relayaient tous les dix jours pour travailler dans les tombes et se reposaient pendant une journée, entre les périodes de travail. Le paiement était effectué en nature. Ils n’étaient pas des esclaves, mais n’avaient pas tellement le choix d’une carrière non plus. Cette communauté ouvrière vivait à l’écart, sans entretenir aucun rapport avec l’extérieur pour des motifs évidents de discrétion et de secret dictés par le travail délicat de préparation des tombes royales. Elle dépendait directement du vizir, en quelque sorte le Premier ministre de l’époque. En outre, le travail était contrôlé par un corps spécial de gardes appelés Medjaïou, qui résidait à l’extérieur de la zone habitée et surveillaient la nécropole. Le village restait donc fermé et surveillé en permanence pour s’assurer qu’aucune information ne filtrait sur les trésors que recélaient les tombeaux. Ces mesures étaient pratiquement sans effet, et les habitants du village voisin de Gournah le savaient très bien. Les ouvriers du village étaient connus sous le nom de servants du lieu de vérité (la nécropole).
Quand il arriva en l'an 29 du règne de Ramsès III, que leur ravitaillement fût en retard, les ouvriers, mécontents, causèrent des troubles, entamant une grève qui dura plusieurs jours {extraits du papyrus de grève}. Franchissant les murs de la nécropole, ils allèrent jusqu'à pénétrer dans l'enceinte du Ramesseum, dont ils affolèrent le personnel jusqu'à l'aboutissement de leurs revendications. Leurs statuts particuliers et l'importance du travail qu'ils devaient accomplir, expliquent la rapidité avec laquelle on répondit à leurs revendications.
Pour en connaître davantage, nous allons pénétrer plus à fond l'univers de l'un de ces groupes d'artisans et d'ouvriers qui ont, pendant près de cinq siècles, oeuvré à la préparation des tombes pharaoniques: ceux du village de Deir el' Médineh.
La vie quotidienne de la communauté d'artisans a pu être reconstituée dans ses détails, d'après les nombreux croquis et documents sur éclats de calcaire {ostraca}, découverts dans le village et dans un énorme puits situé non loin de son extrémité Nord. Mais aussi par des papyrus et autres vestiges. {Quelques textes trouvés: une de réclamation, un de compte de salaire, une quittance pour le salaire d'un travail.}
Les ouvriers portaient le titre de " serviteurs dans la Place de Vérité " et formaient une corporation privilégiée. Ils se rendaient au travail dans la Vallée des Rois ou dans la Vallée des Reines en empruntant, au départ du village, deux sentiers que l’on peut encore parcourir aujourd’hui ; parfois, si la tâche était urgente, ils ne rentraient pas chez eux et demeuraient toute la semaine dans deux petits villages satellites situés l’un sur la crête entre Deir el-Médina et la Vallée des Rois (le village dit " du col ") et l’autre dans la Vallée des Reines. Le village ouvrier de Deir el-Médina fut habité jusqu’à la fin de la XXe dynastie, avant d’être abandonné définitivement. Enfoui dans le sable du désert et les débris de la montagne, il n’a été retrouvé que récemment.
Le Village
C’est à partir du village de Deir el Medina présentement en ruine que les artisans du Nouvel Empire (de la 18e à la 20e dynastie) ont taillé et décoré les tombeaux des Vallées des rois et des Reines. Certaines de ses maisons ont appartenu aux hommes ayant participé à la taille et à la décoration des tombeaux de Rameses II (KV 7) et de ses fils (KV 5). À son apogée, le village couvrait une superficie de 5600 m² et comptait une centaine d'habitants.
Ceint par une muraille haute de cinq mètres environ, percée d'une porte gardée nuit et jour, le village est composé de maisons mitoyennes donnant sur une rue principale orientée Nord/Sud et de plusieurs autres transversales..
Les 70 maisons, faites en briques crues étaient construites sur des fondations en pierre. Chaque maison comprend trois ou quatre pièces conçues sur un même plan, comprenant une entrée ; une pièce de vie au plafond surélevé et percé de petites fenêtres laissant passer le jour, équipées d'une sorte de capte-vent destiné à apporter un peu de fraîcheur à l'intérieur ; une ou deux pièces donnant sur une cour équipée d'un four et servant de cuisine. Ces cours étaient protégées du soleil par des canisses de roseau. Enfin, les maisons étaient complétées par une cave, destinée à maintenir au frais les denrées alimentaires. Un escalier menait jusqu'à une terrasse de toit. Certaines des maisons avaient des peintures simples sur les murs et un Silo rectangulaire derrière la cuisine située à l'arrière de la maison. Les embrasures des maisons ont été peintes en rouges où étaient inscrits les noms des habitants. Nombreuses stèles, des milliers d'ostraca (débris de matériaux sur lesquels on a écrit ou dessiné) et 200 papyri hiératique ont été trouvés à Deir el Medineh, permettant de renseigner d’une façon détaillée ce que fut la vie quotidienne des Egyptiens de cette époque. Ceux-ci apparaissent ainsi comme un personnel très qualifié de petits fonctionnaires, bien logés, nourris, soignés, bénéficiant d'un statut enviable. Ces grands travaux n'ont donc pas été réalisés, contrairement à une légende tenace, par une population d'esclaves.
Pendant leurs temps libres, les artisans de Deir el-Médina s'occupaient à bâtir leurs propres sépultures, souvent à quelques dizaines de mètres de leur domicile, à tailler les pierres, à assembler les meubles dont ils auront besoin à leur survie dans l'au-delà. Ils profitaient de leur savoir et des motifs utilisés par les architectes royaux pour se fabriquer leurs propres tombes, qui bien que beaucoup plus petites, ressemblent fortement aux tombeaux des pharaons de Vallée des Rois. Les enfants étaient ensevelis au bas de la colline, les adolescents au milieu et les adultes dans la partie supérieure. Ces tombes ont été retrouvées intactes avec leurs meubles. Un détail : ces meubles présentaient des traces d'usure, ce qui signifierait qu'ils faisaient partie de leur vie quotidienne avant d'être placés dans les tombeaux au moment du décès. Parmi les tombeaux de famille retrouvés, 53 d'entre eux présentant des peintures aux couleurs chatoyantes étaient dans un état de conservation tout à fait remarquable. Certains tombeaux se composaient d'un caveau et d'une chapelle surmontée d'une pyramide coiffée d'un pyramidion (comme celui de l'obélisque de la place de la Concorde, à Paris, mais en calcaire ou en grès).
Sur la pente au nord du village se trouvent des chapelles consacrées aux cultes locaux de la communauté; la plus grande d’entre elles était un temple dédié à la déesse Hathor, construit sur l’emplacement d’une petite chapelle construite par Thoutmosis 1er. Après sa destruction et sur le même site, Rameses II y a construit un temple, qui fut abandonné à la fin de la 20ème Dynastie. Pendant la période Ptolémaïque, le temple de Rameses II a été détruit et un nouveau temple en grès a été construit par Ptolémée IV Philopator. Le temple est consacré à Hathor de l'Ouest, Ma'at, la rectitude, règle primordiale de la confrérie; Mereretséger la déesse protectrice de Deir el Medina, Ptah, patron des scribes et des dessinateurs; Thot le dieu de l’intelligence et de l’écriture, Khnoum, patron des potiers et des sculpteurs. Imhotep et Amenhetep, fils d'Hapu.
Les Dieux
Chose curieuse, la communauté semblait préférer les dieux secondaires aux dieux habituels, ceux qui étaient vénérés dans les grandes agglomérations. D'abord, le roi Aménophis 1er et sa mère Néfertari (dont de remarquables statuettes en bois nous sont montrées) qu'ils considéraient comme les saints patrons du village, mais surtout, ils avaient le culte de l'oreille, qu'ils sculptaient en léger relief en trois dimensions sur des stèles, en pierre, mais aussi en bois ou en faïence et qu'ils disposaient au pied des sanctuaires. Le but était d'augmenter la capacité d'écoute des divinités et ainsi de faciliter la liaison entre le dieu et l'officiant, sans intermédiaire. Ces gens nous montrent qu'ils avaient une certaine ouverture d'esprit en adorant des divinités étrangères comme par exemple un dieu syro-palestinien.
Maât
Maât est, dans la mythologie égyptienne, la déesse de l'ordre, de l'équilibre du monde, de l'équité, de la paix et de la justice. Elle est le contraire de l'isfet (chaos, injustice, désordre social, ...). C’est une entité symbolisant la norme universelle : l'équilibre établi par le Créateur, la justice qui permet d'agir selon le droit, l'ordre qui fait conformer les actes de chacun aux lois, la vérité, la droiture et la confiance.
Maât est toujours anthropomorphe, comme la plupart des concepts abstraits personnifiés : c'est une femme, en général assise sur ses talons, ou debout. Elle est la plupart du temps vêtue de la longue robe collante des déesses et porte leurs bijoux habituels. Maât confère aux autres dieux certaines de ses qualités, mais ne leur prête pas son aspect et ne prend pas non plus l'apparence d'autres divinités. Son attribut est la plume-nom (la même est portée par Shou). Elle tient souvent le signe de vie. L'élément de Maât est l'Air et la couleur de sa peau est ocre jaune.
Au-delà de cette première approche, le concept est un peu plus complexe. Maât est d'abord de dimension divine : fille de Rê (dieu solaire et créateur) et compagne de Thot (dieu érudit ayant enseigné les hiéroglyphes aux hommes), elle est aussi la sœur mystique de pharaon, elle assure l'équilibre cosmique et c'est donc grâce à elle que le monde fonctionne de façon harmonieuse. Elle est également la lumière que Rê apporte au monde.
De ce fait, elle est fondamentalement liée à l'institution pharaonique, le premier devoir de pharaon étant de faire respecter la loi de Maât dans toute l'Égypte. C’est pourquoi, sur les murs des temples, pharaon est représenté faisant l'offrande de Maât à une divinité : c’est dire que, dans ses actes, il se conforme aux exigences de la déesse. Ainsi, lorsque Séthi Ier, dans le temple d'Abydos, offre Maât aux dieux principaux, sous forme d'une statuette de la déesse, il leur démontre sa compétence ; en retour, les dieux lui procurent vie et domination (Osiris) et force victorieuse (Horus).
Il faut être conscient de ce que la mission profonde de pharaon relève de Maât : " in maât " (amener Maât, organiser le pays et assurer son unité), " der isfet " (repousser Isfet, notamment repousser les ennemis) ; la célèbre palette de Nârmer transcrit cette double mission. On peut évoquer aussi l'hymne solaire du Moyen Empire :
" Ré a intallé le roi sur la terre des vivants à jamais et à toute éternité de sorte qu'il juge les hommes et anéantisse Isfet. "
Précisément, et c'est sa seconde dimension, terrestre celle-là, Maât est aussi l'expression sociale et juridique de l'ordre établi et le symbole de la justice et de l'équité. Dans les faits, c'est le rôle du vizir, qui porte le titre de " Prophète de Maât ", que de rendre la justice au nom de la déesse et donc de pharaon qui l'incarne :
"Pratique la justice et tu dureras sur terre.
Apaise celui qui pleure ; n'opprime pas la veuve ;
Ne chasse point un homme de la propriété de son père ;
Ne porte point atteinte aux grands dans leur possession ;
Garde-toi de punir injustement. "
Dans la pesée de l'âme, Maât, aussi légère qu'une plume, est le contrepoids du cœur qui doit être aussi léger qu'elle pour que le Ka, l'âme du défunt, puisse accéder au monde des bienheureux. Elle est représentée par une femme coiffée de la plume d'autruche ou simplement par cette plume elle-même.
A une époque plus tardive, "ma'at" signifie également la vérité ou la connaissance juste de soi.
Mereretséger
Mereretséger (Celle qui aime le silence) est une déesse de la mythologie égyptienne protectrice des ouvriers de Deir el-Médineh, près de Thèbes.
Elle était représentée sous les traits d'un cobra royal femelle et définie comme " la fille de Maât, au cœur de la région sacrée ". Déesse du silence, elle ne révèle ses secrets qu'aux justes de voix.
Elle est la protectrice des tombes, tapie dans la fraîcheur et le silence qu'elle affectionne ; elle veille sur les morts. De tempérament doux, voire rassurant, Mertseger compte parmi les divinités que le peuple se plaît à adorer.
Elle porte également le nom de " la cime ", en référence au pic rocheux (surplombant le village de Deir el-Médineh) au sommet duquel elle résidait.
Symboles et culte de la déesse Mereretséger
Aspects
Celui d'un serpent lové à tête de femme, ou plus rarement à tête de serpent. On lui connaît aussi l'aspect d'un sphinx à tête de serpent, ou encore un serpent ailé que coiffent trois têtes de femme, de serpent et de vautour.
Attributs divins
Sa tête est le plus souvent coiffé du serre-tête. Elle peut aussi porter un modius qu'entourent des uraeii. Deux plumes, disque solaire, l'atef, la couronne rouge ou la couronne hathorique peuvent aussi la coiffer.
Animaux sacrés
Les serpents, en particulier ceux non venimeux.
Élément
La terre, puisqu'elle est serpent.
Couleurs
Ce sont le noir et le jaune.
Fêtes
Des fêtes essentiellement populaires lui sont dédiées, comme ce fut le cas à Deir el-Médineh.
Lieux de culte
Les nécropoles de la montagne thébaine, le village ouvrier de Deir el-Médineh, Deir el-Bahari, Esna sont les plus connus.
Ptah
Dans la mythologie égyptienne, Ptah (Celui qui ouvre) est le démiurge de Memphis, dieu des artisans et des architectes. Ptah est le patron de la construction, de la métallurgie et de la sculpture.
Ptah est le dieu impérial avec Rê sous l'Ancien Empire. Il fait partie des cinq grands dieux égyptiens avec Rê, Isis, Osiris et Amon. Il est le dieu créateur par excellence : Il est considéré comme le démiurge qui a existé avant toute chose, et qui par sa volonté a pensé le monde. Il l'a d'abord conçu par la Pensée, puis réalisé par le Verbe : " Ptah conçoit le monde par la pensée de son cœur et lui donne la vie par la magie de son Verbe ". Ce que Ptah a ordonné a été créé; en lui les constituants de la nature, faune et flore, sont contenus. Il joue également un rôle dans la préservation de l'univers et la permanence de la fonction royale.
Il est représenté sous les traits d'un homme enserré dans un manteau lui collant à la peau, portant la barbe divine et tenant un sceptre, mais également -sous la forme de Ptah Patèque- comme un nain nu et difforme.
Dans la Triade de Memphis, il est l'époux de Sekhmet et père de Néfertoum. Il absorbe vite les apparences de Sokaris et de Taténen mais aussi d'Osiris pour devenir Ptah-Sokar-Osiris.
Thot
Dans la mythologie égyptienne, Thot est le nom grec de Djehouti (ou Thehuti), le dieu lunaire de Khemenou (Hermopolis Magna).
Représenté comme un ibis au plumage blanc et noir ou comme un babouin, Thot capte la lumière de la lune, dont il régit les cycles, à tel point qu'il fut surnommé " le seigneur du temps ".
Un texte d'Edfou relate sa naissance :
" Au sein de l'océan primordial apparut la terre émergée. Sur celle-ci, les Huit vinrent à l'existence. Ils firent apparaître un lotus d'où sortit Rê, assimilé à Shou. Puis il vint un bouton de lotus d'où émergea une naine, auxiliaire féminin nécessaire, que Rê vit et désira. De leur union naquit Thot qui créa le monde par le Verbe. "
Inventeur de l'écriture et du langage, il est la " langue d'Atoum " et le patron des scribes. Incarnation de l'intelligence et de la parole, il connaît les formules magiques auxquelles les dieux ne peuvent résister. Selon la légende, celui qui était capable de déchiffrer les formules magiques du Livre de Thot pouvait espérer surpasser même les dieux.
Il préside à l'audition des morts au Tribunal d'Osiris, et c'est Anubis qui pèse et juge les âmes en les comparant au poids d'une plume (symbole de Maât et de la justice), afin de décider si l’âme, le Kâ, doit être condamné (le Kâ étant alors dévoré par le monstre protéiforme aux pieds de la balance, généralement à tête de crocodile, au corps de lion - mais les représentations divergent) ou jugé digne d'accéder aux Champs d'Ialou, sorte de paradis éternel dans lequel règne l'ordre imperturbable. Maât correspondrait plus ou moins à notre conception de Justice, à ceci près qu'elle n'est pas qu'un rapport harmonieux relatif au juste et à l'injuste, mais principe d'ordre universel.
Un passage du Livre de la vache et du ciel explique que Thot est choisi par Rê comme vizir alors que celui-ci s'apprête à quitter le monde des hommes.
Lors de son combat avec Seth, Horus perdit son œil, mais le retrouva par la suite grâce à Thot. Appelé "Oudjat ", cet œil représente la victoire de l'ordre (légitime, Horus étant l'héritier du défunt Osiris) sur le chaos (Seth, qui perturbe l'ordre dynastique, et par conséquent l'ordre du monde). Porté sous forme d'amulette, il était censé écarter le mauvais œil ; on le trouve notamment sur la proue des navires, afin d'échapper aux dangereux hippopotames.
Importé dans le monde gréco-romain, Thot y sera assimilé à Hermès/Mercure, plus particulièrement sous le nom d'Hermès Trismégiste.
Khnoum
Khnoum (le maître de l'eau fraîche) est le dieu des cataractes et puissance créatrice dans la mythologie égyptienne. Il contrôlait la crue du Nil en ouvrant, à Éléphantine, la caverne de Hapy dans laquelle se trouvait l'Inondation. Il joue là un rôle majeur dans le quotidien des Égyptiens, préservant le peuple de la famine.
Démiurge qui modela l'œuf de la création, dans le mystère de la naissance divine, il modela également l'enfant-roi. Khnoum forme ses créations sur son tour de potier avec le limon du Nil, pour leur donner vie et façonner leurs Ka.
Il est représenté sous les traits d'un homme à tête de bélier, parfois surmontée d'une cruche, tenant la croix ansée (ankh) dans la main.
Khnoum était particulièrement adoré à Éléphantine et Esna. Un temple lui était également dédié sur l'île de Philaé. On le retrouve dans une dizaine de villes d'Égypte sous des formes variées.
Khnoum, Satis (Satet) et Anoukis (Anket) forment la triade d'Éléphantine.
Khnoum est un dieu très ancien qui est paradoxalement surtout connu grâce aux textes assez récents (Ier siècle ap. J.-C.) gravés sur les parois du temple d'Esna.
Les tombeaux
les tombes des ouvriers ont été construites et décorées par les ouvriers de la nécropole eux-même. On trouve entre autres les tombes d'Ipy, de Pached, et de Senedjem. Regroupés dans le village de Deir E1 Medineh, ses habitants ont également édifiés une série de petits sanctuaires votifs et d'oratoires populaires formant ainsi une sorte d'acropole ou de temenos. Ces oratoires conçus sur le plan d'un temple à échelle réduite se trouvent rassemblés, comme un quartier de maisons dans une ville au pied de la falaise du nord à la limite septentrionale du cimetière et du village. D'autres sanctuaires ont été découverts groupés à l'intérieur de l'enceinte ptolémaïque du temple de Hathor et Maat, et aussi à l'extérieur tout près de ses murs d'enceinte. Le choix de leur emplacement n'est pas reflet du hasard, cet endroit a été considéré comme le pied de la cime. Caractéristique par son aspect pyramidal, la cime thébaine évoquait pour les gens de Thèbes un symbole à la fois religieux et funéraire. Protégeant la population défunte enterrés à ses pieds, considérée comme la demeure de Meret Seger, la cime jouira pour longtemps d'une dévotion particulière. Sur les pentes de cette montagne, située à l'ouest des murs du village, sont creusés les modestes tombeaux des artisans, modestes dans la taille, mais joliment décorés.
Chaque tombeau consiste en une cour qui mène à une chapelle et à la chambre funéraire sur laquelle est posée une super-structure pyramidale. Ces tombeaux étaient employés comme des caveaux de famille et ont été scellés après chaque enterrement. Les décorations peintes, sont pour quelques uns d’entre eux très bien préservés, permettant d’avoir quelques informations sur les activités quotidiennes des villageois.
Histoire
Le village à Deir el Medineh a été occupé pendant presque 500 ans. Pendant la 21e Dynastie, le village a été attaqué par des envahisseurs libyens. Celui-ci a été abandonné et pillé durant la Troisième Période Intermédiaire qui débuta à la fin du règne de Ramsès XII, et certains de ses habitants ont pris refuge dans le temple de Medinet Habou. Le cimetière de Deir el Medineh contina cependant d’être employé pendant cette Troisième Période Intermédiaire.
Pendant la période gréco-romaine l’endroit où se dresse le temple, confirme l'antiquité et la valeur de ce lieu saint. Beaucoup de Pharaons ont achevé des projets de construction Ptolemaiques. Julius Caesar a souhaité utiliser le village de Deir el Medineh pour y créer un Iseion (temple dédié à la déesse Isis) - et les caves souterraines des maisons de l’époque Ramesside furent employées comme tombes. Pendant la Période Copte, un monastère a été construit entre les murs du village, et le Temple d’Hathor fut converti en une Église, et les ermites Chrétiens ont utilisés les tombeaux ouverts comme résidences. Le site était abandonné au moment de la Conquête arabe au 7ème siècle.
Découverte du site
L’extraordinaire qualité des premières découvertes attire les rabatteurs de Salt et Droveti. mais le site est livré depuis presque un demi siècle au pillage.
Au début du XXe siècle, le site est éventré et livré à la convoitise des collectionneurs. Les fouilles du site, conduites au début du siècle (1906) par Ernesto Schiaparelli, du musée Égyptien de Turin, ont permis de mettre au jour des habitations admirablement conservées ainsi que la nécropole voisine, où fut retrouvée entre autres la tombe intacte de l’architecte Khâ, aujourd’hui reconstruite au musée de Turin. Beaucoup d’objets se retrouvent ainsi dans les grands musées : Londres, Paris, Berlin, où R. Lepsius a emporté des parois complètes de tombe... Les fouilles et l’étude du site ont été reprises par l’Institut français d’archéologie orientale (IFAO) depuis les années 1920.
Champollion a exploré Deir el Medineh au début du 19ème siècle et fait des copies des décorations peintes des tombeaux. Très tôt, Henry Salt, Bernardino Drovetti et d'autres voyageurs ont procédé au déplacement d'artefacts pour le Museo Egizio à Turin, pour le Musée Britannique, le Louvre et le Musée Ägyptische à Berlin. Gaston Maspero, à la fin du 19e siècle a restauré le temple ptolémaïque de Deir el Medineh. Le site avait été pillé par des collectionneurs, notamment par Ernesto Schiaperelli et par Bernard Bruyère pour l'Institut français au Caire entre 1922 et 1940 puis entre 1945 et 1951.
Les absences au travail
Au quatorzième jour du premier mois de la saison de l'inondation, Pendoua s'est absenté du chantier pour boire avec Khonsou. Raison invoquée : " la fête de l'ouvrier Khonsou. " Ainsi le contremaître du village de Deir el-Médineh notait scrupuleusement les absences des ouvriers et artisans chargés du creusement et de la décoration des tombes royales. Si les congés de maladie étaient rares, les petits événements de la vie quotidienne pouvaient entraîner quelques absences tolérées. Le travail se déroulait sur des périodes de dix jours, alternant avec des temps de repos que les hommes consacraient à la construction et à la décoration de leur propre tombe.
La première grève de l'histoire
C'est à Deir el Medina qu'a débuté l'une des premières grèves de l'humanité: lassés d'être payés de plus en plus irrégulièrement les ouvriers cessèrent le travail, jusqu'à ce qu'un haut personnage vienne régler le conflit. La grève à cette époque était le plus fort moyen de pression sur le pharaon. En effet, il fallait de longs mois, voir des années de travail pour creuser et décorer sa tombe. Hors, si celui ci décédait en cours de travaux, il ne restait que 70 jours pour achever sa sépulture. C’est pour cette raison que dans la Vallée des rois, plusieurs tombes ne furent jamais terminées et que le pharaon fut inhumé dans son caveau inachevé.
An 29 de Ramsès III.
L’an 29, le 2e mois, le 21. En ce jour, le scribe Amen-nakhte parla à l’équipe en disant : " Vingt jours ont passé de ce mois et les rations ne nous ont pas été données ". Il se rendit (alors) à la Demeure (du roi Horemheb) dans la Maison de Amon. L’on apporta 46 boisseaux de blé. On leur donna le 2e mois, le 23. L’on promut le vizir To en tant que vizir de Haute et de Basse-Égypte.
Seconde Grève sous le règne de Ramsès III
Quand les rations alimentaires - l’équivalent du salaire - tardaient à arriver, les ouvriers présentaient une protestation au scribe de la tombe, qui la transmettait au vizir, comme l’ atteste un document rédigé par un scribe la vingt-huitième année du règne de Ramsès III, et destiné au Vizir Tô : " ... Toutes les provisions qui se trouvaient dans le trésor, dans le grenier et dans les magasins sont épuisées (...) Puisse notre maître nous assurer des moyens de subsistance parce que nous sommes en train de mourir, et en vérité nous ne sommes déjà plus en vie... "
Si la situation n’était pas régularisée rapidement, les ouvriers se mettaient en grève.
Extraits du papyrus de la Grève
En la 29e année {de Ramsès III}, le 10e jour du 2e mois de l'hiver, en ce jour, grève de la communauté des ouvriers, qui disent: "Nous avons faim, car il y a dix-huit jours de passés dans le mois". Ils s'installèrent à la partie postérieur du temple funéraire de Thoutmosis III. Alors vinrent les scribes de la nécropole, les deux chefs d'équipe, les deux adjoints et les deux administrateurs. Ils les interpellèrent en disant: "Rentrez donc!" et ils firent de grands serments en disant: "Venez! Car nous avons la parole de pharaon, vie, santé, force". Ils demeurèrent en ce lieu durant le jour, mais passèrent la nuit dans la nécropole {c'est à dire dans leur village}…
{Plainte des ouvriers au fonctionnaire compétent}: " C'était à cause de la faim et de la soif que nous sommes venu ici. Nous n'avions pas de vêtements, pas d'huile, pas de poissons ni de légumes. Envoyez-le dire à pharaon, vie, santé, force, notre Seigneur parfait. Et envoyez-le dire aussi au vizir, notre supérieur, afin qu'on nous livre notre approvisionnement… "
{Grève de la communauté des ouvriers} Après que les trois supérieurs les ont violemment admonestés depuis la porte du village, les deux administrateurs et les deux adjoints ont été dépêchés par le scribe de la nécropole Amonnakht, afin de les {les ouvriers} ramener. L'administrateur Réshoupétéref est revenu et nous {les supérieurs} a dit: "Kenna, fils de Routy, et Hay, fils de Houy, ont parlé en ces termes: "Dites à nos supérieurs que nous ne retournerons pas! Alors, ils se tinrent devant leurs collègues. En vérité, nous ne faisons pas grève à cause de la faim. Nous avons une importante déclaration à faire: en vérité, on a commis un mauvais coup contre la place {tombeau} de pharaon, vie, santé, force!"
Quatre mois plus tard, an 29 de Ramsès III.
Une lettre de réclamation des ouvriers de la nécropole de Deir el-Medina.
Au porteur du chasse-mouches à la droite du Roi, au Maire de la ville et vizir Ta, le scribe Néferhotep écrit à son Seigneur, vie, force et santé.
Ceci est une lettre pour faire savoir à mon Seigneur ce qui suit: J'informe mon Seigneur de ce que je travaille aux tombeaux des enfants royaux, dont mon Seigneur {le vizir} a ordonné la construction. Je travail avec grand soin et très excellemment, progressant bien et parfaitement. Veuille mon Seigneur ne pas s'en occuper, car je travail très régulièrement et je ne suis nullement fatigué. Je fais savoir à mon Seigneur que nous {les ouvriers de la nécropole} sommes dans le dénuement le plus extrême. Toutes les choses qu'il revient au trésor {l'État}, au Grenier et au Magasin de nous fournir ont été négligées. Les pierres ne sont pas légères à porter! On nous a aussi supprimé 1 sac ½ d'orge pour nous donner à la place 1 sac ½ de saletés! Puisse mon Seigneur agir en sorte que notre subsistance soit assurée, car nous sommes déjà à la mort et nous ne pourrons guère rester en vie. En effet, on ne nous donne rien, rien du tout!
Un décompte de salaire de Deir el-Medina
Premier mois de l'été, salaire pour le deuxième mois de l'été: le contremaître 7 sacs ½; le scribe 7 sacs ½; chacun des 17 ouvriers 5 sacs ½, soit 93 sacs ½; les deux jeunes chacun 2 sacs, soit 4 sacs; le gardien 4 sacs ½; les servantes {ensemble} 3 sacs; le portier 1 sac ½; le médecin 1 sac ½; ce qui fait au total 117 sacs ½.
{Ici, le scribe s'est malheureusement trompé dans son calcul, ce qui se produit très souvent dans ces documents.}
Quittance pour le salaire d'un travail à Deir el-Medina
Ce qui lui a été donné pour la peinture du cercueil: un vêtement tissé d'une valeur de 3 séniou {un poids d'argent d'environ 7,6 grammes}; un sac d'une valeur de ½ sac de céréales; 1 natte avec couverture, soit ½ séniou; et un vase de bronze valant ½ séniou.
L'embaumement, un secret bien gardé
Sous l'Ancien Empire, l'embaumement est réservé à Pharaon pour son dernier voyage. Puis, peu à peu, il se démocratise, les riches et les notables se font embaumer. Hérodote, infatigable conteur de l'Egypte ancienne, est fasciné par l'embaumement, dont il décrit les différentes étapes.
L'historien grec, que l'on considère depuis Cicéron comme le véritable "père de l'histoire moderne", relate le déroulement du deuil. "Toutes les femmes de la maison se couvrent de boue la tête ou même le visage. Puis, elle laissent le cadavre dans la maison et courent par la ville en se frappant la poitrine, le sein nu, la robe retroussée retenue par une ceinture ; toutes leurs parentes se joignent à elles. Les hommes se frappent et se lamentent de leur côté, dans une tenue semblable. Cela fait, on emporte le corps pour le faire embaumer." Deux jours après le décès, une cérémonie religieuse dirigée par le prêtre embaumeur marque le début des longues opérations d'embaumement.
En présentant le corps, les Egyptiens permettent à l'âme du défunt de gagner le monde souterrain pour y commencer une seconde vie. Trois mille ans avant Jésus-Christ, l'idée d'embaumer les défunts pour qu'ils gardent une apparence humaine est née de l'observation de corps naturellement momifiés par les sables secs du désert. Les premiers témoignages sur la momification remontent à la fin de la IIIe dynastie, vingt-six siècles avant l'ère chrétienne, mais c'est beaucoup plus tard, sous la XXIe dynastie, que les procédés de momification atteignent la perfection. Au départ, les morts sont simplement enveloppés de bandelettes enduites de résine, mais dès la IVe dynastie, les viscères sont ôtés et déposés dans les canopes. Le progrès le plus déterminant est la découverte des propriétés du natron ou natrum, carbonate de sodium du delta du Nil qui déshydrate naturellement les tissus et que les Egyptiens utilisaient par ailleurs comme détergent, dentifrice et antiseptique. Sous la XXIe dynastie, les embaumeurs améliorent la présentation du corps en incisant la peau du visage afin d'y glisser de l'argile pour lui redonner sa forme. "Les parents reprennent ensuite le corps et font faire un coffre de bois, taillé à l'image de la forme humaine, dans lequel ils le déposent", poursuit Hérodote. Quand la momification va se répandre dans la société égyptienne, on aura recours à des formes plus expéditives d'embaumement : tantôt on se contente d'injecter par l'anus une huile destinée à dissoudre les viscères, tantôt le corps est simplement lavé avant d'être plongé dans le natron.
Les embaumeurs ouvrent le flanc gauche du mort avec une lame tranchante afin d'en retirer les viscères : intestins, poumons, foie, estomac sont placés dans des urnes appelées vases canopes et déposés, pour les tombes les plus riches, dans un coffre-chapelle à côté du sarcophage. L'abdomen est nettoyé, purifié avec du vin de palme et des aromates broyées. Le cerveau est extrait à l'aide d'un crochet en bronze introduit par les narines. Le cœur est laissé en place ou replacé par un scarabée sacré. Le corps du défunt est enduit d'un produit antiseptique, les incisions refermées avec de la résine et les narines bouchées avec des grains de poivre. On laisse le corps se dessécher pendant soixante-dix jours, avant de le laver, puis de le rembourrer de toile de lin imbibée de résine, de lichen, de sciure afin de lui redonner une apparence humaine. Après l'onction de parfums et le bain de natron destiné à dessécher le corps, le prêtre embaumeur récite des litanies, tandis que le mort est enroulé dans des bandelettes selon un rituel précis : d'abord les doigts, les uns après les autres, puis le bras, les jambes, le corps, enveloppé dans un grand linceul découpé en fines lanières, enfin la tête. Entre les bandelettes sont déposées des amulettes, destinées à protéger le défunt dans son voyage.
Les cultes de Deir el Medina
Peut-être n'est-ce qu'une légende, mais les artisans vénéraient Amenhotep Ier (-XVIe siècle ) comme fondateur et protecteur de la confrérie. Ils vouaient un culte particulier à trois divinités précises, Ptah, Meret Seger et Hathor.
Le sanctuaire de Ptah et de Meret Seger à l'entrée de la Vallée des reines
Descendant du village de Deir EI Medineh, en suivant le chemin qu'empruntaient les ouvriers au Nouvel Empire pour se rendre aux tombes royales et princières de la vallée des reines, on constate une série de chapelles cavernes, creusées dans le roc, disposées en arc de cercle approximativement orientées vers le Nord. C'est un sanctuaire rupestre que les ouvriers avaient consacré au culte du dieu Ptah associé à celui de Meret Seger. Implanté dans une sorte d'abri naturel, le sanctuaire de Ptah et de Meret Seger, est flanqué d'une série de niche et de stèles rupestres, ces dernières étant contemporaines du règne de Ramses III. Ce sanctuaire, dont le rôle marquant, nous était signalé par un nombre de monuments votifs, existait déjà semble-t-il à la XVIIIe dynastie.
Etant la personnification de la rive ouest thébaine dont la cime servait de repaire, la déesse Meret Seger "celle-qui-aime-le-silence" était la protectrice du village. Elle résidait au sommet de la pyramide naturelle formée par un pic de la montagne thébaine (450 m) et était le fruit de conceptions religieuses particulières à la population de la nécropole. En tant que déesse serpente elle représente l'esprit de la terre. Elle apparaît pour la première fois au moyen Empire, précisant sa personnalité au cours de la XVIIIe et XIXe dynasties mais elle atteint l'apogée sous Ramses III. Selon Bruyère "son culte sert de protection de la rive gauche contre l'hégémonie de plus en plus prononcé de la rive droite sur le pouvoir royal". C'est en pleine gloire qu'elle disparaît soudain à l'avènement des rois prêtres. "La religion officielle a triomphé à Thèbes sur la religion populaire".
LE TEMPLE
Le petit temple dédié à Hathor à Deir el-Medineh (ou Deir al-Médîna) était destiné aux habitants du petit village de la vallée. Construit en même temps que le village, c'est-à-dire au début de la XVIIIème dynastie (début du Nouvel Empire) le temple a été modifié à plusieurs reprises pendant les XIXèmes et XXèmes dynasties avant d’être totalement détruit et reconstruit pendant la période ptolémaïque, précisément sous le règne de Ptolémée IV Philopator. Ses successeurs achevèrent la décoration comme Ptolémée VI Philométor, Ptolémée VIII Evergète I (III - II av. J.-C.) puis il fut transformé en couvent à l’époque copte (à l’origine du nom donné au site).
Aujourd’hui, le temple ptolémaïque est en excellent état, et certaines de ses couleurs sont conservées. On distingue encore par endroit le reste des temples précédents (dûs principalement à Aménophis I, Aménophis III, Séthi premier et Ramsès II) sous forme d’arasements.
Parmi tous les cultes populaires qu'on relève à Thèbes-ouest, celui de Hathor, était le plus durable et le plus répandu de tous. C'est toujours au tour d'un sanctuaire hathorique que se manifeste la religiosité populaire de la façon la plus vive, comme par exemple celui dédié à son culte à Deir El Medina, car il est probablement construit sur l'emplacement d'un ancien sanctuaire voué à son culte.
L'importance de cette déesse lui vient surtout du fait d'être " la patronne à la fois régente de l'accident funèbre, mère adoptive des morts, maîtresse des souffles du Nord".
C’est au nord du village de Deir el Medina que ce temple se dresse, au milieu d’une grande cour entourée d’un mur d’enceinte en briques crues et de magasins. Il fut précédemment occupée par des entrepôts. La structure architecturale, très simple de ce petit temple ptolémaïque (neuf mètres de large, soit environ 17 coudées, 2 paumes et un doigt, sur vingt-deux mètres de long, soit environ 42 coudées, 2 paumes et un doigt) est composé d’une salle hypostyle à deux colonnes hathoriques, éclairée par quatre petites fenêtres (deux dans le mur Nord, et deux dans le mur Sud) par laquelle on entre grâce à une porte située dans l’axe du temple. Cette salle hypostyle n’est séparée du vestibule qui la succède que par deux colonnes composites et deux murs d’entrecolonnement. Les murs de ce vestibule sont décorés de scènes où Ptolémée IV adore diverses divinités ; à gauche, le roi brûle de l’encens devant Hathor (sous forme de vache). La porte, logée entre les deux colonnes, ne possède pas de linteau. A gauche, en entrant, un escalier mène du vestibule vers le toit du temple. Ce vestibule est orné de scènes d’offrandes notamment une très belle scène montrant le roi faisant offrande à un taureau Apis sur une barque et sous un dais, sur la Paroi Ouest. Les murs sont également ornés, près de l’escalier, d’une succession de Hâpy tenant dans leurs mains les offrandes et les bienfaits du Nil.
Suivent ensuite trois sanctuaires juxtaposés de dimensions sensiblement égales, bien que le sanctuaire centrale soit légèrement plus large, précédés d'un vestibule soutenu par deux colonnes à chapiteau hathorique, consacré à cette déesse et à Maât ainsi qu’aux grands personnages divinisés Imhotep et Amenhotep, fils de Hapou.
La chapelle Centrale est décorée de nombreuses scènes d’offrandes à diverses divinités. Cette chapelle était dédiée à Hathor-Maât. Le plafond, orné d’étoiles à cinq branches, est complété en son centre par une succession de vautours volant vers la porte. Celle ci est surmontée de sept têtes d’Hathor. Cette chapelle constitue le sanctuaire de la déesse et présente généralement des scènes d’offrande aux divinités. L'organisation des scènes sur les parois et le plafond permet de mettre en évidence l'existence d'un mur qui séparait jadis cette salle en deux pièces distinctes. Il ne reste actuellement aucune trace de ce mur de séparation
La chapelle Sud, dédiée à Amon-Sokaris-Osiris, contient une scène, rarissime dans un sanctuaire, de la représentation de la pesée du cœur devant Osiris qui devait définir si le défunt était apte ou non à entrer dans le royaume des morts. Elle suit le même programme décoratif que la chapelle centrale. Cette scène tranche sur l’iconographie habituelle des édifices de culte, puisqu’elle figure habituellement sur les papyrus funéraires dans les tombes privées. Dans la même chapelle, sur la paroi opposée Ptolémée VIII offre de l’encens au dieu Anubis vêtu d’un curieux manteau. Dans le temple, Aménophis Ier et sa mère Ahmès-Néfertari, vénérés par les habitants du village, faisaient également l’objet d’un culte.
La chapelle Nord, consacrée à Amon-Rê-Osiris, suit également le programme décoratif de la chapelle centrale. Dans un renfoncement du mur extérieur Nord du temple, se trouve une scène décorée, vestige d’un temple adossé construit sous Auguste, où le roi fait offrande à Maât, Hathor, Raït Taouy et Tanenet.
Dans le mur Sud se trouve également un renfoncement identique, vestige cette fois d’un mammisi datant de Ptolémée IX Sôter II et Cléopatre III. On y voit le roi et la reine faisant offrande à Hathor tenant sur ses genoux Horus l’enfant, mais également à Ptah, Maât et Amon.
Bien que fort modeste, le temple est pourvu d'un mammisi, actuellement visible sous la forme d'un renfoncement dans un des murs extérieur du temple, lui même entouré par une enceinte en briques crues typique.
Outre le temple de Deir el-Médineh, le site est parsemé de fondations d'autres temples plus anciens, notamment le petit temple d'Amenhotep Ier et la chapelle d'Hathor construite par Séthi Ier alors que d'autres éléments remontent à Ramsès II.
LA NECROPOLE
Les tombes des artisans de Deir el-Médina étaient creusées à flanc de montagne, à quelques dizaines de mètres de la zone habitée, et leur préparation occupait le principal des loisirs des habitants du village. La structure des tombes de cette nécropole est caractéristique : elle comprenait une ou deux cours au fond desquelles se trouvait une chapelle, que complétaient parfois plusieurs chambres creusées dans la pierre, et qui était ornée d’une entrée en briques crues, surmontée d’une petite pyramide. À l’intérieur de la paroi du fond, toujours orientée à l’est, une niche accueillait une statue du défunt ainsi qu’une stèle portant un hymne au soleil. La chapelle externe était vouée au culte du défunt, enterré avec un riche matériel funéraire dans les chambres sépulcrales creusées profondément dans la montagne. Pour accéder à ces dernières il fallait descendre un escalier raide partant de la cour extérieure ou, s’il s’agissait de chapelles rupestres, passer par une des pièces situées au fond du caveau. Les chambres funéraires possédaient un plafond voûté et, à la différence de celles des tombes civiles de la XVIIIe et de la XIXe dynastie, qui ne sont presque jamais décorées, elles étaient ornées de peintures figurant le défunt et sa famille occupés à leurs activités quotidiennes dans l’au-delà. Elles pouvaient également traiter de thèmes religieux et rituels tels que l’embaumement ou le rite de l’ ouverture de la bouche.
La tombe de Sennedjem (TT n°1)
(Serviteur de la Place de Vérité XIXe dynastie)
La tombe de Sénedjem fut découverte en 1885,
Sennedjem, " serviteur dans la Place de Vérité " , vécut sous Séthi Ier et Ramsès II (XIXe dynastie). Son caveau fut retrouvé intact en 1886 avec un matériel funéraire très riche, aujourd’hui au musée du Caire, comparable à celui que Schiaparelli retrouva dans la tombe de l’architecte Khâ. En imaginant que les voleurs qui fouillaient les tombes fraîchement scellées provenaient de ce village, il semble qu’un enterrement dans une de ces familles ne faisait pas l’objet de la convoitise dont souffraient les tombes des hauts dignitaires et des personnes de bien.
Si la tombe a été arrangée avec simplicité, elle n’en demeure pas moins raffinée. Il est évident que des artistes de qualité ont participé à sa préparation. Les peintures célèbres qui ornent les parois de son caveau, au fond ocre, sont en parfait état de conservation et comptent parmi les plus belles de la nécropole. Elles sont assurément les plus connues : leur style est typique de l’époque ramesside, spontané et naïf, avec des détails vivants et pittoresques, mais leur programme décoratif, entièrement lié au monde funéraire, reste très conventionnel.
Un escalier abrupt et étroit d’abord en ligne droite, tourne à gauche pour déboucher dans une chambre funéraire rectangulaire, dont I’axe principal est orienté est-ouest et au plafond voûté. On y accède par une petite ouverture qui était à l’origine fermée par une porte en bois richement ornée et aujourd’hui exposée au musée du Caire.
On peut y voir des scènes du livre des morts: L’ âme ba de Sennudjem navigue dans un bateau piloté par Thoth, alors que les Portes de l’Ouest sont en train de s’ouvrir. Ces peintures tombales sont typiques de la fin de la période Ramsès.
Dans la portion contiguë de la paroi sud sont représentés, sur deux registres, les proches du défunt et les enfants qui accomplissent des libations en l’honneur de leur père, suivis par l’image de la momie de Sennedjem protégée par Isis et Nephthys qui ont revêtu des formes d’oiseaux faucons. Sous l’arbre iched, un chat s’oppose à un serpent dans un combat à mort, symbolisant la victoire sur les forces du mal. On voit également d’autres démons.
Sur la paroi Ouest, Sennedjem et Iyneferti adorent divers dieux associés au culte funéraire. Deux images d’Anubis décorent le tympan.
Sur la grande paroi Nord sont disposées trois scènes évoquant l’entrée du défunt dans le royaume d’Osiris : sur la première, c’est Anubis lui-même, silhouette humaine et tête de chacal, qui conduit Sennedjem dans le monde de l’au-delà ; sur la deuxième, le défunt est en adoration devant Osiris et, sur la troisième, Anubis prépare la momie de Sennedjem allongé sur le lit mortuaire tandis que les textes d’accompagnement citent des passages du Livre des Morts. Le roi des morts est représenté comme à la coutume, avec de chaque côté les deux yeux de Horus qui sont considérés comme la meilleure des offrandes.
Sur la paroi est (à droite en entrant) on trouve la scène très célèbre, disposée sur quatre registres, commentant le chapitre 110 du Livre des Morts, dans IequeI Sennedjem, avec son épouse Iyneferti, se dispose à effectuer des travaux agricoles dans les champs d’Ialou, le monde magique de l’au-delà baigné par les eaux d’un fleuve céleste - transposition du Nil terrestre -, à l’ombre de nombreux arbres fruitiers, de sycomores et de palmiers chargés de dattes. Contrairement à Nakht Sennedjem ne dédaigne pas les travaux des champs et son épouse, derrière lui, jette des graines. Mais leur habillement ne semble pas coïncider avec le lieu où ils se trouvent. L’interprétation du paradis nous procure des informations très intéressantes sur l’agriculture qui existait pendant la 19ème dynastie: sur le registre supérieur on fait la récolte de l’orge, en séparant la tête de la tige et au-dessous, on arrache le lin par les racines.
On voit aussi un marais où poussent les papyrus. Avec cette plante que l’on tissait, on obtenait le papier bien connu qui était un moyen essentiel de la communication de l’époque et qui, pendant une grande partie de l’antiquité, fut un monopole de l’Egypte. A partir du papyrus on faisait également des cordes, des tapis, des sandales, et même des bateaux.
Toutes ces scènes sont assez gaies mais ne suffisent pas à alléger le sentiment de claustrophobie qui existe dans cette tombe. C’est le plafond voûté qui donne a l’ensemble un air de cercueil.
Au registre supérieur, Sennedjem et Iyneferti adorent Rê, Osiris et Ptah. Ils sont suivis par un jeune garçon sur une barque de papyrus, probablement un fils de Sennedjem mort en bas âge, et par un prêtre exécutant la cérémonie de l’ouverture de la bouche.
Enfin, sur le tympan qui domine la scène, apparaissent deux babouins adorant la barque de Rê. Sur la paroi sud contiguë, dans la zone comprise entre la porte d’entrée et la paroi est, le défunt et son épouse adorent les gardiens des portes du royaume d’Osiris.
Le plafond est également peint : une bande blanche inscrite divise la voûte dans le sens de la longueur alors que trois bandes transversales la partagent dans le sens de la largeur, répartissant ainsi la voûte en deux groupes de quatre carrés.
Dans le premier groupe, le défunt adore diverses divinités, parmi lesquelles Thot, Rê-Horakhty et Atoum, et certains génies funéraires. Dans le second figure la déesse du sycomore tendant nourriture et boissons au défunt et à son épouse, qui, dans la scène suivante, adorent quatre divinités stellaires ; viennent ensuite les représentations de l’oiseau-benou, personnification de l’âme de Rê, avec Rê-Horakhty et les membres de l’Ennéade héliopolitaine et Sennedjem ouvrant les portes de l’Occident, règne d’Osiris.
Créez votre propre site internet avec Webador