LE PUITS D'OSIRIS

 

D'emblée, il y a le visible et l'invisible, la lumière et l'ombre, ce qui est dit et ce qui se cache. En surface, les visiteurs cheminent sous le soleil d'Egypte, devant la grande pyramide de Khéops, pointe dressée vers le ciel, et sur la route d'asphalte qui mène au grand Sphinx, battue et rebattue chaque année par des millions de pas. Et puis, à une centaine de mètres à peine de ce flux humain continu, à fleur de désert, s'esquisse un petit tumulus couleur plage creusé comme un château de sable, le lieu de la dernière découverte souterraine.

Sous la chaussée montante de la pyramide de Khephren, à moins de 200 mètres du Sphinx,  se situe le puits dit "d'Osiris". La localisation de ce puits tend à démontrer que sa présence était bien antérieure au projet même de construction de la pyramides, puisqu'il a fallut  l'enjamber en cours de travaux.

On se laisse glisser face à un trou dans le sol aussitôt arrêté par des barreaux métalliques.

Grand bruit de serrure. Déjà, l'obscurité.

Et une échelle de métal rouillé qui plonge à la verticale 7 mètres plus bas.

Au premier niveau, une salle vide, de 6 mètres par 4 mètres, sans ornement, aucune inscription, pas de construction, rien., et ne comportant dans sa partie Nord, qu'un second puits équipé de deux échelles permettant d'accéder à une seconde chambre située 15 mètres plus bas.

Cette seconde salle, de même surface que la première mais décalée vers le Nord était orientée Nord-Sud et comportait 7 niches taillée dans le rocher, dont 3 à droite, trois à gauche, et une dans la paroi Nord. La seconde niche de droite ainsi que la troisième niche de gauche contenaient chacune un sarcophage de granit dont le couvercle avait été fracturé et entrebâillé. L’analyse de poteries et d’os trouvés autour des sarcophages permis de les dater à 500 ans avant J.-C..

Pas un signe mais quelques gros blocs à gravir, bouchons de pierre barraient l'accès vers le troisième puits vertical de 9 mètres menant à une troisième salle souterraine inondée, aux parois recouvertes d'un sel épais. 

Hérodote le Grec, père de l'histoire, est venu en Egypte 5 siècles avant Jésus-Christ ; il a raconté les pyramides et parlé d'une mystérieuse tombe entourée d'une étendue d'eau, où serait enterré le pharaon Khéops.  Hérodote le sage n'est sûrement pas descendu au fond de ces trois puits.  De l'eau ici... De quoi parlait-il ?

Soudain, l'échelle bute contre la paroi, il faut tourner autour des barreaux et se laisser glisser au sol. 

Dans un silence de pierre résonne un étrange goutte-à-goutte.  On lève haut sa lampe qui éclaire les restes de quatre piliers soutenant une salle basse rectangulaire, masse écrasante et inachevée.

L'eau est là, légère et cristalline, courant le long du mur dans un sillon de pierre.  Au centre, un énorme sarcophage de pierre sombre.

Dans l’angle Nord-Ouest, se trouvait une amorce de galerie qui semblait trop petite pour avoir été un passage menant aux pyramides mais qui pourrait avoir servi d’entrée d’eau. Dans cette salle, comme dans celles de étages supérieurs, il ne fut trouvé aucun signe hiéroglyphique ou ornement. En observant les différentes cavités on peut relever la présence d’un tunnel traversant cette salle d’Est en Ouest. D’autre part, l’eau contenue dans les canaux étant une eau pure et non stagnante, on pû constater qu’un léger courant attestait d’une pente en direction du Sphinx.

En octobre 1997, une équipe de chercheurs et moi-même nous sommes rendus dans ce puits, et notamment dans cette dernière salle pour vérifier la permanence du phénomène et projeter le dégagement des galeries bouchées par le sable et les pierres tombées lors des derniers séismes.

Après avoir effectué quelques mesures et pris bon nombre de photographies, nous sommes remontés à la surface pour y confronter nos travaux.

Au printemps 1998, suite à la diffusion de nos hypothèses de travail, le Dr. Zahi Hawass, Sous-secrétaire d'Etat pour les Monuments Giza, a fait dégager ce troisième niveau par une équipe égyptienne, en employant un équipement moderne de pompage pour réduire le niveau d’eau. Le couvercle du sarcophage enterré au centre de cette salle et couvert par une lame d’eau naturelle peu profonde fut dégagé de ses détritus.

Après pompage de l’eau et travaux de dégagement, il est apparu que ce couvercle couvrait un sarcophage de granit posé sur le sol entouré par les restes de quatre piliers ceinturés par un mur de roches formant un rectangle autour d’une dépression d’environ un mètre de largeur. Autour de ce mur se trouvait un canal rempli d'eau, lui-même entourée par les murs de la chambre. Le sarcophage était construits en forme de " Bir " hiéroglyphique ou " Maison d'Osiris ". Après déplacement du couvercle, le Dr. Zahi Hawass a découvert, inscrit dans la terre, le mot hiéroglyphique "pr", signifiant "la maison". On sait que le plateau de Giza a été appelé "pr wsir nb rstaw", ou "la maison d'Osiris, le Lord de Rastaw." Le nom "Rastaw" se réfère aux tunnels souterrains et très probablement, le nom du plateau est en relation avec les tunnels qui mènent à l'intérieur du Puits d’Osiris. La chambre finale qui fut ainsi trouvée était peut être un tombeau symbolique pour le dieu Osiris, le dieu des morts qui protégeait les tunnels souterrains et les tombeaux des rois. C’est pourquoi le Dr Zahi Hawass l’a nommée " le puits d’Osiris ".

L’observation du courant d’eau traversant la salle, nous avait convaincu de commencer les travaux par le dégagement du canal dans l’angle Sud-Est. Ainsi, si une galerie existait bien à cet endroit, la salle se viderait d’elle même en direction du Sphinx et du Nil. Il semble que nos instruction aient été mal interprétées car les ouvriers du Dr Zahi Hawass ont commencé le dégagement par l’angle Nord-Ouest et ont noyée la salle. Ce tunnel, par où l’eau s’est écoulée dans la chambre souterraine, fut exploré sur une longueur de 6 mètres. Les ouvriers ont constaté que ce tunnel était clos, soit par éboulement soit inachevé, et ont décrété qu’il ne menait nulle part. Il est vrai que les conditions dans lesquelles ces ouvriers travaillaient, de l’eau jusqu’à la taille, ne les incitaient pas à forcer leur talent.