Extrait du livre Moïse l’Egyptien

(Edition Egyptissimo)

 

Nombre d’historiens se sont penchés sur les rapports pouvant exister entre l’Egypte ancienne et le monde biblique. La question la plus débattue a été, et est encore pour de nombreux chercheurs, celle de la date à laquelle il s’agirait de situer l’Exode.

La Bible, recueil de mythes et de légendes, fondement des religions du pourtour méditerranéen précise à ce propos dans (le Premier Livre des Rois) que l’Exode des Hébreux aurait eu lieu 480 ans avant le début de la construction du temple de Salomon (date choisie par les auteurs bibliques) 966 ans avant notre ère (date choisie par les auteurs bibliques).

Si l’on considère que les mythes et les légendes ne naissent pas spontanément dans l’esprit de leurs inventeurs. Que ceux-ci se réfèrent souvent à des évènements de tradition populaire, transmis de générations en générations, parfois édulcorés mais possédant toujours une part de vérité, si infime soit-elle. Et que si au fil du temps, la mémoire s’est assoupie, que la parole s’est perdue dans les méandres de l’imagination, l’étincelle de vérité qu’elle contient est prête à enflammer l’esprit du chercheur qui la sollicite.

En additionnant ces deux éléments trouvés dans le Bible, nous établissons que l’Exode des Hébreux aurait eu lieu en l’an 1446 avant notre ère. D’autre part, la Bible nous enseigne que Moîse se serait enfuit d’Egypte à l’âge de 40 ans et qu’il serait resté 40 autres années dans le désert avant de revenir chercher son peuple pour le conduire vers sa Terre Promise. Nous pouvons donc considérer que l’année de naissance de Moïse serait l’an 1527  avant notre ère.

Concernant les évènements se rapportant à l’Egypte, il n’existe aucun calendrier fiable, aucune chronologie complète. Seules quelques références astronomiques et une littérature égyptienne assez dense permettent de situer le règne de certains rois et de les faire correspondre avec les références bibliques. Ainsi par exemple, un papyrus médical (Papyrus Ebers) auquel un calendrier est ajouté datant du 9e jour du 11e mois de l’année 9 du roi Aménophis 1er, jour où se présentait l’étoile de Sothis dans le ciel de Thèbes, c’est-à-dire en l’an 1518 avant J.-C., nous permet une conversion satisfaisante en fonction de la position des étoiles. Ce document est capital puisque basé sur une évidence astronomique solide (la précession des équinoxes). Il nous permet de placer le règne de ce roi à l’endroit où il doit être dans l’échelle du temps, par rapport à la chronologie que nous utilisons.

C’est ainsi qu’en analysant les documents de son époque, nous pouvons attester que Moïse              qu’Aménophis 1er, second roi de la 18e dynastie, a régné durant 21 ans entre 1527 et 1506 avant notre ère, et que la naissance de Moïse est intervenue en l’an 1 de son règne (1527).

Etonnamment, c’est sur cette 18e dynastie et sa lignée continue de souverains qui gouvernait à Thèbes que nous sommes le mieux documentés.

De sa Grande épouse royale, Aménophis 1er eut deux enfants, une fille Ahmasis (Ahmès Hotep Tari) et un fils qui mourut dans sa petite enfance.

Concernant la naissance de Moïse, la Bible précise : « Au moment où la persécution sévissait parmi les Hébreux avec le plus d’intensité, Jochabed, femme d’Amram, de la tribu de Levi, mit au monde un fils d’une beauté extraordinaire. Ne pouvant se décider à le voir périr, elle le tint caché pendant trois mois ; mais, désespérant de tromper plus longtemps la surveillance des persécuteurs, elle l’exposa en pleurant, dans une corbeille, sur le bord du Nil. Sa fille nommée Myriam, se tenait à peu de distance, examinant ce qui allait arriver. A ce moment la fille du Pharaon vint au fleuve dans l’intention de se baigner. Ayant aperçu la corbeille au milieu des joncs, elle envoya une de ses suivantes pour la chercher. Emue de compassion à la vue du petit enfant qui pleurait : « C’est sans doute un enfant des Hébreux, » dit-elle. Et Myriam s’étant alors montrée, elle l’envoya chercher sa propre mère, afin qu’elle lui servit de nourrice. Plus tard, la princesse l’adopta et lui donna le nom de Moïse, c’est-à-dire Sauvé des eaux. Moïse fut élevé dans le palais du roi, où les prêtres l’instruisirent dans toutes les sciences des égyptiens. »

Les dates et les faits correspondent, tout porte à croire que la princesse qui recueillit Moïse et l’adopta par la suite serait Ahmasis (Ahmès Hoteb Tari).

Dans cette époque troublée où pharaon donna l’ordre à son peuple  d’éliminer les nouveau-nés mâles et de ne laisser vivre que les filles, la Bible précise que la princesse qui recueilli le petit garçon déposé sur le Nil par sa mère, le nomma Moïse signifiant « sauvé des eaux ». Si cette histoire est réelle, et que le nom qui fut donné à cet enfant est bien Moïse, il s’agit bien d’un nom égyptien dont la signification est tout autre.

Il n’y a que la Bible qui nomme Moïse l’enfant sauvé des eaux. En Egypte le nom des enfants royaux sont toujours en partie constitués d’un nom divin. Thot-mose qui signifie « fils de Thot », le dieu lunaire protecteur des scribes, secrétaire avisé des dieux et magicien guérisseur. Ra-mose (fils de Râ)  ou Ra-msès  « fils de Râ » etc.  En écriture hiéroglyphique « Mose » qui signifie « fils de » se présente sous la forme d’un canard, d’où le signe hiéroglyphique accompagnant un soleil signifiant « fils de Râ ».

Le nom de Moïse signifierait donc Mose (fils de), ïse (Isis), et se rapporterait au mythe Osirien.

Le mythe d'Osiris, comme celui de Moïse, connaît un épisode de dérive aquatique; cela dit, le motif du jeune Moïse, retrouvé dans sa corbeille, s'inscrit dans le cadre mythique d’Osiris enfermé dans un coffre et jeté dans le Nil par son frère Seth, retrouvé par sa sœur et épouse Isis dans les racines entremêlées d’un immense tamaris, puis caché les marais d’Égypte.

Enfant élevé à la cour comme un fils adoptif du roi régnant, il aurait donc été, considéré comme le frère de la princesse qui l’aurait recueilli, et en sa qualité de fils unique, aurait pu être l’héritier légitime du trône.

On ne connait rien de l’enfance et de la jeunesse de Moïse, sinon qu’il fut vraisemblablement élevé à Memphis, capitale de la Basse Egypte, durant ses vingt premières années, où comme tous les membres de la famille royale, il fut initié à la fonction de scribe, puis à celle d’architecte avant d’embrasser une carrière militaire.

La Bible remarque que Moïse, alors âgé de 21 ans, «devint puissant en œuvres et en parole ».

Une écriture met en lumière la situation de Moïse : HEB 11 :24. « Par la foi Moïse, refusa d’être appelé le fils de la fille de Pharaon ».

La princesse Ahmasis (Ahmès Hoteb Tari) s’étant marié avec Thoutmosis 1er eut une fille « Nefure Hatshepsout » et deux garçons qui moururent très jeune.

A défaut d’avoir un fils de son mariage avec (Ahmès Hoteb Tari) Thoutmosis 1er en avait eu un de sa concubine Moût Nefrit. Alors, comme au décès de sa Grande Epouse royale, le problème de la succession risquait de se poser, et afin d'éviter les troubles qui auraient pu survenir après sa mort, en 1494 Thoutmosis 1er abdiqua en faveur de sa fille Hatshepsout alors âgée de 25 ans, et la maria à son fils, donnant à celui-ci la légitimité et le droit d'accéder au trône sous le nom de Thoutmosis II.

C’est à ce moment de l’histoire qu’intervient le personnage de Senenmout dont le nom égyptien signifie « Le frère de la mère ». Il s’agissait donc du frère d’(Ahmès Hoteb Tari), la mère décédée d’Hatshepsout, c’est-à-dire son oncle.

De son union avec Hatshepsout Thoutmosis II naît une fille, Néférourê, alors qu’une épouse secondaire, Iset, lui donne le futur Thoutmosis III.

En dépit du grand nombre de documents qui éclairent sa vie, Senenmout demeure l’une des plus énigmatiques figures de la XVIIIe dynastie. Son premier poste administratif connu a un rapport avec la maison royale et ces charges peuvent lui avoir été données par Thoutmosis II. Plusieurs de ses monuments sont datés d’avant l’accession d’Hatshepsout à la royauté et le mentionnent comme précepteur et père nourricier de l’héritière royale Neférou-Rê, un titre influent qui le place en contact étroit avec la famille régnante.

De plus, il sera nommé Intendant en chef de la Maison d’Hatshepsout et en tant que Grand Majordome de la reine, Sénènmout l'appuie dans son ascension vers le trône. Il exerce son autorité sur les hauts fonctionnaires tant dans le domaine civil que sacerdotal

Senenmout fit preuve d’exceptionnelles capacités administratives. Il fut le serviteur des domaines de Néférou-Rê et de ceux de la reine Hatshepsout elle-même, un titre qui lui permit d’exercer un contrôle direct sur les richesses familiales des deux personnes royales. A cette époque, Thoutmosis II qui n’avait réclamé aucune part du gouvernement de l’Egypte, laissait à Hatshepsout et à ses ministres, la charge de régner. Cependant, craignant le ressentiment de Thoutmosis qui n’avait jamais caché sa haine pour le prince Senenmout, un peu trop proche du pouvoir, Hatshepsout décida de lui confier un grand ouvrage. Un chantier de longue haleine qui retiendrait Senenmout durant des années auprès d’elle et empêcherait Thoutmosis de l’envoyer périr d’ennui dans quelque pays lointain en déguisant cet exil sous la pompe dérisoire d’un titre de gouverneur.

Senenmout, « reçu des mains mêmes de la reine des faveurs qui n’étaient accordées qu’à de très rares personnes, et en particulier le privilège de graver son image à l’intérieur même du temple de Deir-el-Bahari, réservé aux membres de la famille royale.

Voici ce qu’il dit de lui-même, avec la modestie caractéristique des anciens Égyptiens :

« Je suis le grand des grands dans le pays tout entier, celui qui écoute ce qui doit être écouté, unique dans les appartements privés, l’intendant d’Amon, Senenmout, juste de voix ».

« Je suis le favori du roi, en vérité, qui accomplit ce que loue son maître, à longueur de journée, le directeur des troupeaux d’Amon, Senenmout ».

« Je suis celui qui découvre la vérité, qui ne se montre pas partial, qui charme le maître du Double-pays par ses paroles, […], le prêtre de Maât, Senenmout ».

C’est en 1485 avant notre ère que Senenmout disparaît de la scène politique. Certains historiens pensent qu’il tombe en disgrâce, ce qui peut paraître surprenant au vu de sa carrière et de son influence à la cour. Cependant, un rapide calcul fait apparaître que Senenmout est alors âgé de 40 ans, le même âge que la Bible attribue à Moïse lorsqu’il a quitté l’Egypte pour aller vivre dans le désert du Sinaï.

C’est  ici  que  plane un mystère sur la vie de Senenmout. La Bible raconte que le prince Moïse aurait tué un égyptien surpris brutalisant un Hébreux, et que sa punition aurait été le bannissement de la terre d’Egypte. Cela semble peu vraisemblable à une époque où le roi et ses hauts fonctionnaires avaient droit de vie et de mort sur leurs sujets.

Thoutmosis III aurait-il eu connaissance, alors, des origines sémites de Senenmout lorsque celui-ci a déplacé la sépulture de ses géniteurs pour la mettre dans son propre caveau ? Sous son règne, la Palestine ainsi que la Syrie était en guerre contre l’Egypte, et il ne faisait pas bon d’appartenir à la communauté des Hébreux. Il s’agissait alors d’une guerre de religion idéologique et intolérante où le roi  était considéré comme un dieu vivant et universel. Croire en un autre dieu que lui-même était hérétique et puni de mort, voir aux travaux forcés.

La révélation des origines de Senenmout n’a-t-elle pas représenté un certain danger pour Thoutmosis III et pour les prêtres d’Amon, qui, s’apercevant qu’ils nourrissaient en leur sein un ennemi héréditaire usant de son autorité spirituelle sur la reine, réclamèrent son bannissement. Trop puissant pour être assassiné, le prétexte était tout trouvé pour écarter Senenmout à partir du moment où la reine avait abdiqué en faveur de son gendre. 

Ce n’est certainement pas sans contrainte et affliction que la reine du prendre la décision de chasser Senenmout de son palais. Cependant, elle garda intactes dans l’enceinte de son temple funéraire, les deux tombes bâties par son oncle, preuve attestée qu’elle ne nourrissait aucune haine contre lui.